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Centre d'études de l'emploi

Trois questions à

 
 
 
 
Carole Tuchszirer, à propos des mutations de Pôle Emploi
 Socio-économiste au Centre d'études de l'emploi

    
Pensez-vous que Pôle Emploi soit en crise ?

Il semble que Pôle Emploi connaisse une crise de croissance, dans une conjoncture déprimée. Pour la deuxième fois dans l’histoire de l’institution, une réforme structurelle, pensée pendant une période de croissance, a été mise en œuvre, alors que le pays était frappé de plein fouet par la crise (en juillet 2008). La réforme visait à assurer une égalité d’accès aux dispositifs de retour à l’emploi entre les demandeurs d’emploi, indemnisés ou pas. Elle reposait sur la fusion des activités d’indemnisation et de placement des demandeurs d’emploi. Très vite, la possibilité qu’un agent assure les deux missions s’est révélée impossible à mettre en œuvre, tant les métiers sont différents. Ces tâtonnements ont suscité beaucoup de stress pour les salariés de Pôle Emploi et d’insatisfaction pour les usagers. La crise économique a conduit à revoir les priorités de la réforme. Dans l’urgence, il fallait assurer avant tout l’indemnisation d’un nombre croissant de chômeurs, la formation des salariés a été sacrifiée et la centralisation des actions et des décisions accentuée.

Comment analysez-vous le plan stratégique de Pôle Emploi pour 2015 ?

Pôle Emploi a vraiment une nouvelle doctrine quant à son rôle d’intermédiaire. L’institution prend acte du fait qu’elle est un acteur majeur et essentiel du marché du travail mais qu’elle n’est pas seule. Ce faisant, elle prend la mesure qu’elle doit composer avec les autres intermédiaires du recrutement en ligne (job board, réseaux sociaux) pour mieux mutualiser les informations sur les offres d’emploi et favoriser la transparence du marché du travail. Concrètement cela se traduit par une volonté d’améliorer la visibilité des offres d’emploi, en agrégeant sur son site celles issues d’autres voies. Il faudra voir concrètement comment cela se traduit. Le deuxième axe de cette nouvelle doctrine est de moduler son intervention vis-à-vis des entreprises et des demandeurs d’emploi. En bref, les demandeurs d’emploi les plus autonomes et les grandes entreprises habituées à recruter seront vraisemblablement mis en relation de façon simplifiée, éventuellement seulement via le site internet. Les très petites entreprises en revanche, qui sollicitent très peu jusqu’à présent l’agence publique seront aidées et conseillées pour définir leurs besoins, rédiger leurs offres etc. De leur côté, les chômeurs les plus éloignés de l’emploi feront l’objet d’un accompagnement personnalisé et régulier. Pôle Emploi prévoit aussi un ‘‘accompagnement guidé’’, pour ceux qui ont besoin de formations. Pour ce qui est de l’accompagnement de celles et ceux qui en ont le plus besoin, la nouvelle doctrine de Pôle emploi rompt avec la double injonction qui prévalait dans un passé récent. On demandait dans le même temps aux conseillers de suivre tous les chômeurs – ce qui représente un nombre considérable d’entretiens – et de personnaliser le suivi, ce qui paraît impossible. Le renforcement de l’accompagnement des publics les plus éloignés paraît aller dans la bonne direction.

Quelles difficultés persistent dans cette institution ?

Pôle emploi, sous l’effet de la fusion, a connu une phase de centralisation excessive de ses règles de fonctionnement et cela au prix d’une relative indifférence à l’égard de ses partenaires sociaux et territoriaux. Il doit davantage s’ouvrir aux territoires et participer aux divers projets locaux qui s’y déploient dans le cadre du dialogue social territorial. Un autre axe d’amélioration renvoie bien sûr à la formation professionnelle et au faible pourcentage des demandeurs d’emploi qui en bénéficient. Cela doit passer par un effort accru pour professionnaliser les agents sur la prescription des formations. Mais il conviendra également de leur faciliter la tâche par une meilleure information sur l’offre de formation existante. Aujourd’hui une agence de pôle emploi située en Seine et Marne n’a pas forcément d’information sur l’ouverture d’une session de formation dans le département voisin qui lui-même aura du mal à trouver les candidats pour remplir le stage. Finalement il faudrait faire avec les offres de formation ce que Pôle emploi entend faire avec les offres d’emploi : agréger sur un site unique les offres de formation de l’ensemble des partenaires de la formation professionnelle (région, OPCA, pôle emploi, etc.) pour faciliter l’entrée en stages et la formation des chômeurs.

Propos recueillis par Géraldine Rieucau et François Sarfati.

Aller plus loin sur ce sujet :

"Outils informatiques de gestion de recrutement et standardisation des façons de recruter", par Yannick Fondeur et France Lhermitte. Document de travail du CEE n°165, avril 2013

"Comment êtes-vous entré(e) dans votre entreprise ? Les enseignements des enquêtes Emploi 2003-2011", par Guillemette de Larquier et Géraldine Rieucau. Document de travail du CEE n°158, septembre 2012

"Trouver ou créer son emploi grâce aux mêmes appuis", par Guillemette de Larquier et Géraldine Rieucau. Connaissance de l'emploi n°89, février 2012

"Quand l'informatique outille le recrutement", par Yannick Fondeur, Guillemette de Larquier et France Lhermitte.  Connaissance de l'emploi n°76, janvier 2011
 
 
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